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Marché : Avec un bond de 130% sur un an alimenté par l'IA et la robotique, la Corée du Sud pèse désormais plus que la France en Bourse

Aujourd'hui à 10:10
La Corée du Sud passe devant la France en Bourse

(BFM Bourse) - Selon Bloomberg, la place coréenne affiche une capitalisation boursière de 3.760 milliards de dollars, surpassant les 3.690 milliards de dollars de la place parisienne.

La Corée du Sud commence sérieusement à se défaire de sa mauvaise réputation boursière. Auparavant peu appréciée des investisseurs pour son incertitude politique et, surtout, la gouvernance défaillante de ses entreprises cotées, avec des actionnaires minoritaires écrasés par le poids des grandes familles, le pays connaît une renaissance impressionnante.

Depuis le début d'année, le Kospi, l'indice principal de la Bourse de Séoul s'adjuge 44,4%, près de dix fois plus que le CAC 40 (+4,8%). Sur un an, le bond atteint 130%, une performance digne d'une action technologique en plein essor.

Ce rallye a permis à la Bourse coréenne d'augmenter singulièrement sa capitalisation boursière (la valeur totale des actions cotées). Selon Bloomberg, la place coréenne affiche une capitalisation totale de 3.760 milliards de dollars, et est donc passée devant la France (3.690 milliards de dollars) et l'Allemagne (3.100 milliards de dollars, selon companiesmarketcap).

Précisons que le classement rest évidemment dominé de la tête et des épaules par les États-Unis (plus de 70.000 milliards de dollars selon companiesmarketcap.com).

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Incertitude politique évaporée

Plusieurs facteurs expliquent l'incroyable rallye de la Bourse coréenne. Tout d'abord les actions partaient de loin et la place de Séoul était même, au printemps dernier, entrée dans une phase de correction (une baisse de 20% par rapport au précédent point le plus haut).

Le marché coréen était également encore plombée par une incertitude politique très importante, quelques mois après que le président coréen, Yoon Suk Yeol, a instauré pendant moins de 24h la loi martiale. Ce qui avait abouti à sa destitution.

Cette incertitude politique a pris fin en juin dernier, après la victoire à la présidentielle de Lee Jae-myung, du Parti démocrate (centre gauche). Son élection constitue l'une des fondations du rallye des actions coréennes. D'autant que le dirigeant avait déclaré vouloir ériger la croissance en priorité. Le Kospi avait pris 2,45%.

Le président Lee avait d'ailleurs fait campagne avec comme slogan "Kospi 5.000" ("le Kospi à 5.000 points). Un peu comme si Emmanuel Macron avait mené une campagne avec comme mot d'ordre "le CAC 40 à 10.000 points".

Le dirigeant politique a pris plusieurs mesures destinées à renforcer l'attrait de la place de Séoul, notamment des dispositions limitant les pouvoirs des grands actionnaires dans certains cas de figure.

IA et robotique

L'éléphant dans la pièce reste toutefois l'intelligence artificielle (IA). La place de Séoul a été tirée par les performances de ses groupes exposées à cette thématique. Parmi celles-ci figure évidemment Samsung Electronics - dont l'action grimpe de 70% depuis le début de l'année - le deuxième plus gros fondeur de semi-conducteurs au monde derrière le mastodonte taïwanais TSMC, selon le cabinet Counterpoint.

SK Hynix, un fournisseur de Nvidia, est lui spécialisé dans les puces mémoires, une technologie qui connaît actuellement une violente pénurie, en raison de la forte demande provenant des data centers. L'an passé, ses revenus ont grimpé de 47%, son bénéfice a plus que doublé. Son action prend 57% depuis le début de l'année et s'envole de 400% sur un an.

La Corée du Sud "est l'expression publique la plus claire du cycle d'investissement dans l'IA", avance Stephen Innes de Spi AM.

"Lorsque les actions coréennes atteignent des sommets historiques et que Samsung enregistre de nouveaux records, il ne s'agit pas d'un phénomène local. C'est le complexe de l'IA qui s'éclaircit la voix et annonce au monde entier qu'il n'a pas encore fini de redessiner la carte du commerce technologique", poursuit l'expert de marché.

Plusieurs grands noms de l'industrie coréenne ont par ailleurs séduit le marché pour leurs avancées dans la robotique. C'est le cas, par exemple, de Kia Motors et Hyundai Motors, qui gagnent respectivement 61 et 92% depuis le début de l'année. Les deux sociétés ont décidé de prendre à bras le corps la vague des robots (et des robots humanoïdes) alimenté par l'IA pour diverses fonctions (charge de batteries, services aux clients, processus industriels).

"Hyundai a présenté publiquement une feuille de route par étapes pour le déploiement industriel de la prochaine génération d'Atlas (ses robots humanoïdes, NDLR), qui débutera par des applications pilotes chez HMGMA (une division de Hyundai dédiée à l'électrique, NDLR) en 2028, où les robots prendront initialement en charge des tâches définies telles que le tri et le séquençage de pièces", écrivait lundi la banque Nomura.

"À mesure que les robots humanoïdes sont progressivement déployés dans les processus d'inspection et d'assemblage répétitif, même une légère réduction de l'intensité du travail ou une amélioration de l'utilisation des lignes de production pourrait se traduire par une augmentation significative des marges, compte tenu de la nature fixe des coûts généraux de fabrication", ajoutait-elle.

Encore du champ pour progresser?

"La Corée du Sud a abordé l'année 2026 avec de puissants vents favorables sur le plan macroéconomique, grâce notamment au supercycle des puces mémoire qui génère des excédents commerciaux records et une augmentation des dépôts en devises étrangères des entreprises", a souligné mardi Bank of America.

"La Banque de Corée (BoK) a adopté une position plus restrictive, les données de croissance plus solides et la hausse des prix de l'immobilier réduisant les arguments en faveur de nouvelles baisses de taux et soutenant la valorisation du won sud-coréen", poursuit la banque.

Bank of America estime que le rallye coréen a encore du carburant à dépenser. Notamment parce que le "super-cycle" sur les puces mémoires n'est pas prêt de s'arrêter.

"Cette dynamique de tension entre l'offre et la demande structurelle de puces pourrait s'accélérer davantage en fonction de la durabilité des dépenses d'investissement du secteur technologique américain. L'augmentation de la capacité de mémoire à bande passante élevée (HBM) pour les infrastructures d'IA continue de peser sur l'offre de DRAM (une technologie de mémoire vive, NDLR) de base, ce qui fait grimper les prix des puces mémoire de toutes catégories (…)", développe Bank of America.

Rappelons au passage que la Corée du Sud est considérée en Bourse comme un pays émergent et non pas développé, comme le soulignait en 2024 Goldman Sachs dans une note.

La faute à ce que l'on appelle la fameuse "décote coréenne" ("korean discount"). Ce rabais de marché fait référence au fait que les entreprises coréennes sont traditionnellement valorisées à des multiples boursiers bien inférieurs à ceux de sociétés comparables d'autres marchés.

Selon Franklin Templeton, cette décote s'explique par un ensemble de facteurs, tels qu'une gouvernance d'entreprises qui laisse grandement à désirer ou encore un traitement "pauvre" des actionnaires minoritaires.

"La structure 'Chaebol' (le terme désignant des grands conglomérats familiaux coréens comme Samsung, NDLR) des sociétés, qui se caractérise par des participations croisées et un contrôle familial des entreprises, sans participation économique proportionnelle, est également un facteur qui pèse sur les valorisations", ajoutait l'intermédiaire financier.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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